Mission Eufor Tchad RCA (Dossier)
Ne pas traduire tout de suite - To translate (en) : Témoignage : la « croisière noire » du RICM vers Farchana
Par Nicolas Gros-Verheyde (à N’Djamena et Abéché – Tchad) | Monday 21 April 2008
Chaque nation choisit son mode d’acheminement. Les « marsouins » français du Régiment d'infanterie de chars de marine (RICM) ont choisi de se regrouper et de rejoindre leur base à Farchana, à 45 kms de la frontière soudanaise, par la voie de la route, comme des nomades, faisant le camp le soir, et le défaisant au matin. En tout, plus de 1000 kilomètres de route dont 900 de piste non goudronnée.
« Nous sommes partis de N’Djamena le 7 mars, après avoir récupéré nos véhicules, arrivés par mer du Cameroun » raconte le Lieutenant Colonel Fague, du RICM. Certains véhicules militaires (type Sagaie) ont été mis sur des camions de transport loués (pour les économiser). Un convoi de 61 camions qui s’étalait parfois sur 150 Kms — du fait des véhicules régulièrement en panne, avec regroupement le soir. « Nous avons fait halte à Abéché, le temps de récupérer les « modules 150 » — qui abritent tentes, eau, cuisines, lavage… — de mettre les stickers « Eufor » et de repartir vers l’avant à Farchana.
Le repérage du lieu avait été fait très en amont, dès septembre - octobre 2007, lors des travaux de planification. Et des travaux réalisés : comme le prolongement de la piste – en latérite – nécessaire pour atteindre les 1030 mètres, et permettre des atterrissages d’urgence (pour les évacuations sanitaires par exemple). Puis des hommes du génie, aidés par un sous-traitant tchadien, avaient damé le camp, creusé un puits principal sur le camp, capable de remplir un bac souple en 3-4 heures. Ce qui permet d’avoir une douche de « 5 minutes maximum » par homme et par jour.
A Farchana, les premiers moments ont été difficiles. « On est arrivé sur un terrain plat comme la lune, situé sur un plateau à 820 mètres d’altitude, soumis au vent et à la poussière. « La première nuit, on s’est réveillé avec plusieurs couches de poussière dans la bouche et sur le sol ». « Le déploiement a été rustique. « Il a fallu amener son énergie, creuser des forages pour l’eau ». Le camp a été monté en 2 jours : un camp de toiles, avec lits de camps sur picot et équipés d’une moustiquaire montée sur arceaux. Il n’y a pas de dur. Et « cela devrait le rester ». « On a obtenu un petit budget pour s’équiper en nattes par terre. Et chacun a bricolé une petite armoire, un petit bureau ». « On a « climé » (amener la climatisation) juste les espaces nécessaires : le poste de secours et le poste de commandement. Et on étend les zones climatisées peu à peu.
La nourriture est constituée de… « rations de combat. Aucune société ne dispose de frigo sur place ». Les Marsouins vivent donc en peloton. « Ce n’est pas mauvais. Nous avons 28 possibilités de menu différentes. Et dans chaque peloton, il y a un homme qui se découvre des vertus de cuisinier et va au marché, trouver quelques oignons pour améliorer l’ordinaire. C’est un retour aux fondamentaux de la vie militaire », ajoute-t-il. Les latrines, les lavabos sont en plein air. Détail qui a son importance. Car, ici il s’agit de penser à tout. « Les hommes ne portent pas le chech ». Cette coiffure typique et bien pratique pour se protéger des rayons du soleil étant, en effet, portée indifféremment par les militaires réguliers tchadiens comme les rebelles », cela aurait introduit de la confusion. « Chacun des hommes porte donc soit le chapeau de brousse – à larges bords – ou le béret marin ».
Objectif de ces forces sur place : rayonner autour de la zone d’action pour sécuriser la zone. « Nous organisons des patrouilles tous les jours ». Des patrouilles de proximité, tout d’abord, autour de 30 à 40 kms du camp, avec couverture radio VHS. Et des « nomadisations » sur des périodes plus longues, « pour marquer notre présence, prendre des contacts, rassurer les gens ». Les patrouilles restent ainsi 2 ou 3 nuits sur place, pour bien avoir le temps de prendre contact, puis repartent. Deux pelotons de militaires sont aussi partis dans la zone d’origine des personnes déplacés, pour sécuriser la zone, « en espérant que ça les aidera à revenir ».
Une surprise. « Nous avons été très bien accueillis par des ONGs qui étaient contents de nous voir arriver ». Plusieurs phases critiques ont ainsi été identifiées — lors de la distribution alimentaire dans les camps, sur certains tronçons de route dangereux… Un réseau de radio portatif, type Motorola, relie les différents camps et les militaires de l’Eufor y ont accès. Ce qui permet une relation directe en cas de problème. Mais les militaires n’interviennent normalement qu’en cas de demande expresse d’un représentant du HCR.
En effet, l’Eufor n’a pas mission directement d’intervenir dans les camps de réfugiés. C’est de la responsabilité de la gendarmerie tchadienne, sous l’autorité du ministère de l’Intérieur tchadien et de la Cenar, la Commission nationale d’assistance aux réfugiés. C’est l’UNHCR qui coordonne l’aide dans les camps de réfugiés, avec accord de l’Office de l’aide humanitaire. Chaque camp est géré par une ONG chef de file, aidée de plusieurs ONGs sectorisés (Médecins sans frontière pour la partie médicale, …). Les camps de déplacés sont souvent placés sous l’autorité du CICR – le Comité international de la Croix-Rouge.
Si une intervention est nécessaire, elle est, normalement, gérée au plan local, directement au niveau de la Brigade concernée. Le quartier général étant averti. Mais il est « évident » que si la demande apparaît « limite mandat » ou pose d’autres problèmes, l’autorisation du Quartier général est requise », assure un gradé sur le terrain. Une liaison régulière entre le FHQ et les forces déployées sur le terrain qui permet d’envisager les réactions nécessaires en temps réel.